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Interview avec Jean-Claude Marchand


Jean-Paul Bach CPhH 
info@bach-philatelie.ch


Jean-Claude Marchand

est expert philatélique agréé et tient, de deuxième génération, un magasin de timbres dans le centre de Genève. Il est le seul Suisse à avoir suivi un apprentissage d’expert philatélique.

Jean-Paul Bach : Qu’est-ce qui est proposé philatélistiquement dans ton canton?

Jean-Claude Marchand: En fait, bien moins que par le passé… quand j’ai commencé à travailler il y a plus de 40 ans, il y avait une vingtaine de magasins à Genève et plusieurs clubs avec plusieurs centaines de membres, aujourd’hui je suis le seul à avoir pignon sur rue à Genève, et à part deux maisons de ventes aux enchères, il n’y a plus de professionnels ici. Concernant les clubs, ils ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient.

Combien de temps passes-tu avec les timbres ?

En tous cas plusieurs heures par jour, je suis au bureau entre 9h00 et 18h00 tous les jours de la semaine, mais aussi souvent le week end et certaines fois le soir en fonction du travail.

Est-il important pour toi de participer aux soirées du club des collectionneurs ?

J’avoue que je n’y suis que rarement présent, quand je sors du bureau le soir, j’aime bien passer à autre chose, et être un peu avec ma famille.

Les clubs de collectionneurs de timbres sont-ils toujours pertinents aujourd’hui ?

Il y a clairement beaucoup moins de demande, mais étant de la « vieille génération », je préfère voir les gens en chair et en os plutôt que sur un écran… les clubs amènent du lien, même s’ils sont moins actifs, ils sont nécessaires à mes yeux.

Que penses-tu de la politique d’émission de la Poste suisse ?

Pas grand-chose à vrai dire… je ne m’occupe absolument pas de nouveautés au quotidien et ne suis même pas toujours au courant des timbres qui sortent… Cela dit, je me suis longtemps battu contre les émissions pléthoriques d’enveloppes du premier jour et leur politique de prix, sans grand succès il faut bien l’avouer. Entretemps les tirages ont tellement baissé que ce n’est plus réellement un problème.

Investis-tu beaucoup d’argent dans ta collection ?

Je n’aime pas le terme d’investissement pour les timbres, je trouve que celui de « épargne forcée » est plus adapté… je dépense volontiers pour ce que je collectionne, mais ne tiens aucun compte de ce qu’ont couté mes pièces, je ne veux pas m’énerver au moment d’une vente éventuelle ! Je pars du principe que j’achète au prix juste et que le jour où je vendrai, ce sera aussi au prix du jour. Ce que je perdrai ou gagnerai n’a pas vraiment d’importance.

Ta famille comprend-elle ta passion ?

Oui, du moins en partie… mon père était un collectionneur avisé, ma mère était dans le métier pendant plus de 40 ans. Ma femme voit ça un peu à distance mais prend de l’intérêt à écouter certaines jolies histoires que mon métier génère. Et en ce qui concerne ma fille, elle a 23 ans et me prend un peu pour un animal bizarre, même si elle évolue dans le monde des pierres précieuses qui n’est pas si loin du notre.

Parviens-tu à enthousiasmer d’autres personnes pour la philatélie ?

Pas si évident. C’est difficile de surmonter le côté poussiéreux de notre activité auprès de personnes totalement extérieures, mais j’essaie toujours et au moins, j’arrive à démontrer le côté « chasse au trésor » qui rend notre profession si vivante.

Jeunesse et philatélie : comment vois-tu l’avenir ?

Je dois avouer que j’étais plutôt pessimiste pendant longtemps, mais ces derniers temps, en en parlant d’ailleurs avec ma fille, j’ai cru comprendre que les jeunes générations sont de plus en plus à la recherche d’objets du passé, on peut aussi espérer que la philatélie profite un peu de cette tendance.

Es-tu satisfait du JPhS ?

J’aime bien le JPhS, il ratisse assez large et je pense qu’il couvre plutôt bien la palette de ce qu’on peut attendre de lui.

As-tu une pièce préférée de ton canton ?

J’en ai plusieurs, souvent des pièces compliquées que je vois passer à l’expertise ou certaines que j’ai découvertes un peu par hasard au fil des collections qui sont passées dans mon bureau.

Qu’est-ce qui t’a inspiré à collectionner ?

J’ai commencé à collectionner un peu sérieusement que bien après en avoir fait mon métier… je voyais tellement de choses incroyables passer à l’expertise que j’étais presque un peu blasé, j’ai commencé de nombreuses collections qui sont restées inachevées avant de m’orienter vraiment dans une direction. Ma collection n’a d’ailleurs aucun lien avec mes domaines d’expertise !

As-tu des souvenirs ou des histoires particuliers liés à des timbres de ta collection ?

Oui, en fait je collectionne l’histoire postale de la conquête du Pôle Nord avant la Seconde Guerre mondiale, et ce qui m’a conforté dans cette voie que j’avais explorée un peu par hasard, c’est qu’elle ne satisfait pas seulement mes attentes pour sa partie « histoire postale », mais également ma soif de voyages et de grands espaces.

Comment t’informes-tu sur les nouvelles tendances ou développements ?

J’ai cette chance que les informations viennent à moi naturellement, je n’ai pas besoin de les chercher… Je suis en permanence en contact avec de nombreux collègues et collectionneurs avec lesquels les échanges garantissent une excellente circulation des informations.

Quelle est selon toi la place de la numérisation dans la philatélie ?

C’est plutôt une aide en ce qui me concerne, même si pour moi il n’est pas toujours évident de suivre l’évolution. Pour les gens de ma génération, ce n’est pas toujours naturel, mais c’est l’occasion de tester ma capacité à apprendre et m’adapter, c’est bien aussi !

Quelle importance accordes-tu aux contacts internationaux ?

J’avoue qu’avec les années je voyage un peu moins, mais par le passé, je ne ratais aucune exposition internationale, c’était une bonne occasion de voyager en travaillant et de travailler en voyageant !
Sans compter le réseau construit pendant toutes ces années que j’ai soigneusement entretenu à ces occasions.

Quels conseils donnerais-tu aux débutants qui souhaitent se lancer dans la philatélie ?

Amusez vous ! C’est le nerf de la guerre… faites ce qui vous met de bonne humeur et oubliez les considérations pécuniaires. Les raisons d’être de bonne humeur sont de plus en plus rares et arriver à se préserver une bulle joyeuse comme nos collections qui nous permette de nous échapper, c’est ça le vrai bénéfice de nos collections !

Quelle importance as-tu à comprendre l’histoire derrière les timbres ?

Pour moi c’est primordial, le fil de ma collection est l’histoire postale, laquelle suit vraiment l’Histoire tout court.

Quels sont selon toi les malentendus les plus fréquents concernant la philatélie ?

Je ne sais pas si ce sont des malentendus, mais je vois surtout des gens dans mon bureau qui ont été mal orientés à un moment ou un autre, c’est souvent ce qui les fait quitter la philatélie lorsqu’ils s’en rendent compte. Je pense qu’on perdrait beaucoup moins de collectionneurs si on leur avait moins raconté d’histoires.

Entretiens-tu des amitiés avec d’autres philatélistes ?

Bien sûr, je suis dans le métier depuis plus de 40 ans et y ai tissé des liens très étroits, certains depuis des décennies, certains depuis moins longtemps. En général ce sont des amitiés qui durent.

Te souviens-tu d’une expérience particulière liée à ta passion ?

Pas une, elles sont innombrables ! J’ai la chance de voir passer dans mon bureau des gens aussi différents qu’intéressants, tous les passionnés sont aussi passionnants ! Et même ceux qui ne sont pas collectionneurs et qui viennent juste pour vendre une collection dont ils ont hérité ont aussi tellement de choses à raconter… C’est ça le beau côté de ce métier, tu rencontres des personnes extraordinaires. Et c’est aussi pour ça que, même si je viens d’avoir 65 ans, je ne vais pas m’arrêter de si tôt  !


« Amusez vous ! C’est le nerf de la guerre… faites ce qui vous met de bonne humeur et oubliez les considérations pécuniaires. »